Opinions Europe

Les progressistes doivent aspirer à une union politique

Un article d'opinion d’Ettore Rosato


"Ettore Rosato a Bologna" (CC-BY) by Francesco Pierantoni - Progressive Europe
"Ettore Rosato a Bologna" (CC-BY) by Francesco Pierantoni


Les conceptions nationalistes et technocrates de l’intégration ont entravé l’intégration européenne. Même si le chemin vers une Europe plus aboutie est aujourd’hui plus ardu que jamais, les progressistes doivent continuer à aspirer à une union politique. Le Président du groupe du Parti démocrate au Parlement italien, Ettore Rosato, explique en quoi l’écoute active et l’humilité seront les clés pour assurer au programme progressiste le soutien public.


Je suis convaincu que pour imaginer un futur commun basé sur le partage et le développement, nous devons construire des relations de confiance et d’amitié fortes entre les progressistes européens, les classes dirigeantes et les décideurs.

2016, l’année qui vient de se terminer, a représenté un tournant pour notre continent, mais également pour la politique internationale. Le référendum du Brexit en juin et l’élection présidentielle aux États-Unis en novembre dernier ne doivent pas susciter la panique, mais elles doivent être considérées froidement et avec beaucoup de sérieux. Ces événements sont des sonnettes d’alarme qui soulignent la nécessité d’un changement de direction. Ils nous défient et nous poussent à lutter pour plus de responsabilité pour ceux qui, comme nous, poursuivent des idéaux d’égalité et de liberté, et qui travaillent dans les traces des pères fondateurs de l’Europe “européenne”.  

Nous avons tendance à qualifier ce genre de phénomènes de populisme, un terme péjoratif qui pourrait nous amener à percevoir la réalité avec une perspective déformée. Mais le temps n’est pas aux postures prétentieuses ou dédaigneuses. Au contraire, c’est le moment de faire preuve d’humilité et d’être en capacité « d’écouter ». Ce que nous appelons « populisme », c’est l’expression de la colère des classes moyennes. Celles-ci ressentent aujourd’hui de la détresse, car elles ont perdu ces dernières années leur aisance et leur qualité de vie, et avant tout parce qu’elles ne voient dans les années à venir aucune perspective d’amélioration.

Les êtres humains se sentent désorientés, isolés et incapables de résister à des courants qu’ils perçoivent comme irréversibles et incontrôlés. Je fais référence ici aux flux de capitaux et de migrations. Leur réaction à ce phénomène n’est pas la construction d’une « société ouverte », mais la défense de l’identité et de la sécurité qu’ils croient être en jeu. Ce que nous appelons populisme, c’est en réalité du nationalisme. Et nous savons quels climats sombres ce concept évoque sur notre continent.

Ce que nous appelons populisme, c’est en réalité du nationalisme.

Nous pères nous ont nourris avec le mythe de l’Europe, un mythe politique et culturel, qui s’est graduellement transformé en un ensemble de règles et de procédures incompréhensibles pour nombre de citoyens européens. Avec l’affaiblissement du mythe européen, corrompu par le libéralisme et la mondialisation, le mythe de la nation semble être revenu à la mode – et avec lui, la « souveraineté nationale », son expression juridique et politique.

Le populisme, le nationalisme et la souveraineté sont autant de concepts qui décrivent le même phénomène et représentent une réponse erronée et anti-historique à une problématique pourtant bien réelle : le besoin d’une communauté.

Voici donc notre tâche à venir. Nous, démocrates et socialistes, devons être ceux qui reconstruiront la réalité de la communauté européenne, c’est à dire l’Union européenne en tant que communauté de destin. Nous devons dire la vérité. Jusqu’à maintenant, nos partis, nos fondations, nos classes dirigeantes n’ont pas réussi à donner aux citoyens européens la perspective d’un destin commun et unifié.

Une règle est un outil et non une fin en soi – les règles ne devraient donc pas être la raison pour laquelle nous restons ensemble.

Cet échec est illustré par ce qui constitue indubitablement la plus importante réalisation de notre parcours commun, à savoir la monnaie unique, l’euro. Aujourd’hui, ce dernier est perçu de manière de plus en plus marquée et à grande échelle comme un outil pour figer ou renforcer les inégalités, et non comme un instrument permettant de rendre le continent plus homogène et cohérent.

À cet égard, en tant que démocrates et socialistes, il est important de soutenir la conception de la nécessité des règles. Toutefois, nous ne vivons pas pour des règles. Une règle est un outil et non une fin en soi – les règles ne devraient donc pas être la raison pour laquelle nous restons ensemble. L’Union européenne existe parce qu’une volonté politique d’unité a été exprimée. Aujourd’hui, nous devons mettre l’accent sur cette volonté. Je pense que la mission historique des démocrates et socialistes européens est de réaffirmer et de répéter cette volonté politique.

En tant que démocrates et socialistes italiens, nous assumons la responsabilité de notre européisme, mais nous percevons également les limites et les dangers d’une Europe technocrate, éloignée du peuple et du sentiment d’appartenance à une communauté.

Il n’y a pas d’Europe politique sans Europe sociale.

En mars, Rome accueillera la cérémonie du soixantième anniversaire des Traités de Rome. Il s’agira d’une opportunité importante pour souligner les progrès effectués, mais également pour délibérer sur de potentiels changement de politique. Pour parvenir à cela, nous devons retrouver l’humilité de nos pères fondateurs, leur capacité d’écoute et leur volonté de réduire les disparités.

Nous ne voulons pas abandonner les réussites de ces soixante dernières années, la liberté de circulation des Européens, l’État-Providence. Mais nous devons être conscients que l’Histoire nous demande d’adapter ces réussites à la réalité d’aujourd’hui. Il n’y a pas d’Europe politique sans Europe sociale ; cette affirmation est vraie aujourd’hui, et elle le sera encore plus dans le futur.

Cette année, l’Italie dirige le processus de Berlin et préside le Groupe de Contact qui doit accompagner l’adhésion des pays des Balkans de l’Ouest à l’Union européenne. Nous savons à quel point cette frontière est stratégique, du point de vue des migrations et du terrorisme, mais également parce que l’Histoire nous a appris que si l’équilibre des Balkans est maintenu, l’Europe reste stable. Nous, en tant qu’Italiens, sommes prêts et déterminés à faire notre part. Nous sommes conscients que les menaces actuelles – et en premier lieu la menace du populisme – s’accroissent là où la politique est en difficulté. Jusqu’ici, le populisme a ainsi trouvé sa force dans la faiblesse politique.

Une Europe progressiste est une Europe de plus en plus politisée, avec des institutions structurées, fortes et représentatives. C’est l’Europe que nous devons construire, notre Europe du XXIème siècle.