OPINIONS EUROPE PORTUGAL

Le Portugal après la crise

Un article d'opinion par Maria João Rodrigues


pedrosimoes7


Le Portugal a grandement souffert pendant et après la crise financière et économique. Pourtant, le pays semble avoir aujourd’hui surmonté cette situation délicate. Dans cet article d’opinion, la députée européenne Maria João Rodrigues donne sa perspective sur le futur du Portugal et de l’Union Européenne.


Le Portugal a subi de fortes pressions pendant la crise financière, mais les perspectives plus récentes sont positives. Comment le pays a-t-il réussi à opérer cette transition ?

Le Portugal a subi un programme d’ajustement très exigeant, qui a conduit à la mise en œuvre de diverses réformes. Certaines d’entre elles, trop focalisées sur l’assainissement budgétaire et la flexibilité du marché du travail, ont établi des conditions très strictes pour que le Portugal réduise rapidement son déficit public. Ces réformes ont eu un impact négatif sur l’économie du pays et ont conduit à des taux très élevés de chômage. Depuis 2015, les conditions se sont peu à peu améliorées et le Portugal a recommencé à respirer : la croissance économique a repris, le marché du travail se remet et la pauvreté diminue. Le gouvernement socialiste, au pouvoir depuis 2015, a mis en œuvre des réformes progressistes promouvant l’investissement dans l’éducation et l’innovation, ainsi qu’une stratégie numérique qui a contribué à la relance économique, tout en étant responsable sur le plan financier.

Malgré cela, en matière de dette totale, le Portugal conserve la troisième place dans la zone Euro. Quelles sont les conséquences de ce constat pour l’équilibre social au sein du pays ?

Ayant une dette publique élevée et étant dans l’impossibilité d’avoir recours à une politique monétaire au niveau national (le pays appartient à la zone Euro), le Portugal ne dispose que d’une marge limitée pour investir. Cela a également un impact négatif en matière de croissance économique, de création d’emploi et de bien-être social pour le peuple portugais. Le Portugal se remet sur les rails, mais l’UE et en particulier la zone Euro ne peuvent pas prendre le risque que des États membres aient de nouveau à lutter contre de telles épreuves sociales et économiques en cas de récession économique. Selon moi, la zone Euro doit urgemment se procurer deux choses :

  • un outil de convergence pour soutenir les États membres dans la mise en œuvre de leurs recommandations par pays, qui devrait être inclus dans le budget de l’UE à travers le prochain cadre financier pluriannuel ;
  • un outil de stabilisation destiné à protéger les capacités des États membres à poursuivre l’investissement et à assurer la requalification et la protection sociale de base en cas de ralentissement économique majeur.

Par le passé, le groupe parlementaire des Socialistes et Démocrates au Parlement européen a soutenu la politique d’austérité des chefs des gouvernements nationaux. A-t-il été difficile pour vous d’expliquer au Portugal cette grande coalition à Bruxelles ?

Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. En réalité, depuis le début du mandat parlementaire européen en 2014, la transformation de la politique macroéconomique a été le résultat du travail acharné et des pressions exercées par les acteurs clés des Socialistes et Démocrates. Nous avons toujours combattu l’austérité et nous avons toujours réussi à présenter une alternative avec des proposition solides et concrètes. En effet, le soutien du groupe Socialiste et Démocrate à la commission Juncker a été placé sous certaines conditions : la présentation par la Commission européenne d’un véritable plan d’investissement pour l’Europe, la garantie d’un solide pilier des droits sociaux et la mise en œuvre d’autres proposition porteuses d’un fort ADN social-démocrate.

Vous avez récemment exposé les différences entre les réponses à la crise au Portugal et en Grèce. Pensez-vous que le gouvernement portugais y a apporté une meilleure réponse ?

Des responsabilités existent au niveau national, mais on doit chercher les responsabilités avant tout dans la manière dont l’UE s’est occupée de la situation dramatique en Grèce.

Il y a plusieurs différence entre le programme d’ajustement mis en œuvre en Grèce et la solution alternative développée par le gouvernement socialiste au Portugal.

Premièrement, le respect des droits des travailleurs ainsi que de leurs salaires. Le gouvernement portugais a mis en œuvre des politiques visant à augmenter le revenu disponible de la population portugaise, et par conséquent la demande intérieure, tout en encourageant les exportations. De plus, le gouvernement a adopté des réformes pour investir dans l’innovation, l’éducation et l’amélioration des services mis à disposition de la population. La stratégie économique suivie par le gouvernement socialiste ne soumet pas la croissance à la consolidation fiscale. Elle promeut plutôt une croissance susceptible de contribuer à son tour à l’assainissement budgétaire.

En ce qui concerne le futur de l’Europe, vous avez critiqué le livre blanc de la Commission européenne, que vous ne jugez pas assez résolu, et vous avez demandé une meilleure mise en place des solutions européennes. Qu’aviez-vous en tête ?

Aucun des cinq scénarios proposés par la Commission pour le futur de l’Europe n’est entièrement satisfaisant, pour de nombreuses raisons. C’est probablement le scénario 5 qui prend le mieux en compte les priorités des Socialistes et Démocrates (“Faire beaucoup plus ensemble”). Toutefois, il est malheureusement considéré comme une option plutôt extrême, avec une note de “plus d’Europe pour le principe”. Nous préférons un message plus positif, à savoir qu’une meilleure coopération européenne (et d’en certains cas une intégration plus approfondie) est nécessaire et bénéfique non pas pour le plaisir, mais pour atteindre ce dont les citoyens ont besoin et ce qui leur importe. Le 6ème scénario devait par ailleurs offrir plus de clarté sur des méthodes véritablement inclusives et ouvertes d’approfondissement de l’intégration européenne peut être approfondie, là où ce processus est pertinent. Il devrait être intitulé: “Faire beaucoup mieux ensemble pour les enjeux que les gens ont à cœur”.


Maria João Rodrigues est députée européenne et membre du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen.