Interview Éducation Libertés Hongrie

La liberté académique menacée en Hongrie

Les restrictions majeures imposées par le gouvernement menacent le système éducatif du pays


"Library"(CC BY-NC 2.0) by Stewart Butterfield


Bertalan Tóth,président du groupe parlementaire du Parti socialiste hongrois (MSZP), répond aux questions de #ProgressiveEurope au sujet des restrictions de la liberté académique en Hongrie. Il affirme que les amendements récents à la loi sur l’enseignement supérieur traduisent l’avidité de pouvoir du gouvernement hongrois sur la scène nationale et internationale.


Il y a quelques mois, le gouvernement hongrois a fait la une de l’actualité avec de nouveaux amendements de la loi sur l’enseignement supérieur. Quel est l’état actuel de la liberté académique en Hongrie ?

La liberté de l’enseignement, de la science et de la recherche est l’une des pierres angulaires d’une société libre et démocratique. La liberté et l’autonomie du système éducatif sont des critères importants qui caractérisent une société libre.

Malgré cela, l’enseignement supérieur hongrois est victime de trois contraintes majeures : le sous-financement, la nomination des présidents d’université et des recteurs par l’État et la centralisation du système éducatif, placé sous contrôle de la sphère politique.

Ces facteurs placent l’enseignement supérieur dans une situation de vulnérabilité importante. On ne peut donc parler que d’une autonomie limitée des universités en Hongrie.

L’Université d’Europe centrale (CEU), accréditée à la fois aux États-Unis et en Hongrie, est au cœur du débat. Quel a été l’impact des nouveaux amendements pour cet établissement majeur ?

Le gouvernement hongrois a adopté une loi sur l’enseignement supérieur qui détruit purement et simplement l’autonomie de la CEU. Cette loi oblige la CEU à installer un campus aux États-Unis (à ce jour, elle n’est présente qu’en Hongrie), tout en lui interdisant de délivrer un diplôme américain.

En somme, cette loi place la CEU sous une tutelle gouvernementale très stricte. Elle permet au gouvernement non seulement de rejeter les demandes de permis de travail des nouveaux professeurs, mais également de limiter l’admission d’étudiants internationaux, par l’intermédiaire du système de visas de l’UE.  

Quels sont les enjeux de ce débat sur la liberté académique en matière de diplomatie et de politique internationale ?

Je pense que les dirigeants ont deux motivations : d’une part, ils semblent ne pas supporter de ne pas pouvoir contrôler le système dans son ensemble. Cela se traduit par une manière de gouverner qu’on pourrait qualifier d’autocratique.

D’autre part, ce débat leur permet d’attirer l’attention : à l’origine, il devait donner l’occasion au gouvernement hongrois de redynamiser les relations américano-hongroises. Mais malgré le soutien qu’a pu exprimer Orbán (le Premier Ministre hongrois) envers le Président Trump, le gouvernement n’a pas encore réussi à construire des liens plus étroits avec Washington – bien que Trump ait déjà effectué plusieurs visites en Europe, notamment à Varsovie, et accueilli le Président roumain à la Maison Blanche.

Il est également important de souligner ce que cette mesure gouvernementale implique, à savoir que les dirigeants hongrois pourraient considérer suivre le même chemin que Poutine et Erdogan.

Que fait le Parti socialiste hongrois (MSZP) pour protéger la liberté académique ?

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger la liberté académique. Nous avons déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle au sujet de la nouvelle loi et nous sommes à l’initiative de la séance extraordinaire du Parlement hongrois, qui a eu lieu le 21 août dernier.

Notre objectif est d’éviter que des dégâts supplémentaires soient infligés aux droits fondamentaux et à la liberté, ainsi que de conclure au plus vite la procédure d’infraction entamée par la Commission européenne.

En essayant de gagner du temps dans la procédure d’infraction en cours et en catalysant ce conflit juridique, le gouvernement sert les intérêts de Fidesz (parti politique d’extrême droite, membre principal de la coalition gouvernementale), qui en profite pour renforcer sa propagande nationale. Ce conflit détériore considérablement l’image de la Hongrie et du peuple hongrois, tout en faisant obstacle au développement du système d’enseignement supérieur du pays.

Il est dans notre intérêt à tous que de telles universités, qui proposent des compétences et des diplômes compétitifs et qui emploient des chercheurs renommés, soient présentes en Hongrie. Par conséquent, nous devons empêcher les décideurs hongrois d’entraver le bon fonctionnement d’universités et d’établissements scolaires reconnus internationalement.  


Bertalan Tóth est député au Parlement de Hongrie et président du groupe parlementaire du Parti socialiste hongrois (MSZP). Il est également membre de la Commission des lois.