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La France après mai 2017

Le nouveau paysage politique français décrypté par Valérie Rabault


Christophe Pinard


Députée socialiste réélue en 2017, Valérie Rabault commente pour #ProgressiveEurope les perspectives du Parti Socialiste et exprime son ressenti face à la nouvelle majorité présidentielle de La République en Marche, menée par Emmanuel Macron.


En quelques mois, LREM a bouleversé l’échiquier politique français. La droite et la gauche traditionnelles ont-elles fait long feu ? Faut-il redouter une recrudescence des extrêmes, et en particulier du Front National ? Comment le Parti Socialiste pourra-t-il se relever des lourdes défaites qui lui ont été infligées ?

À ce stade, je ne sais pas si le PS pourra se relever de nos défaites à la présidentielle et aux législatives. Pour avancer en politique, il faut que les citoyens puissent se reconnaître soit au travers d’une personnalité forte (ce fut le cas pour Macron), soit via une ligne programmatique (ce fut le cas avec Jospin en 1997), soit, encore mieux, au travers de ces deux caractéristiques (ce fut le cas de Mitterrand en 1981). Aujourd’hui, nous n’avons ni l’une ni l’autre, ce qui complique sacrément la tâche. L’objectif des prochains mois est donc de poser les jalons d’une ligne programmatique qui nous a manqué à l’occasion de ces batailles électorales. Si nous n’y parvenons pas, l’avenir du PS sera compromis.

Vous comptez parmi les rares député-e-s socialistes réélu-e-s à l’Assemblée Nationale en 2017. Quels enseignements tirez-vous de cette campagne législative atypique ? Quelles sont les cartes qui vous ont permis de remporter le deuxième tour face au candidat d’En Marche ?

Cette campagne a été une « non-campagne » de la part de la plupart des candidats d’En Marche, dont la véritable arme a été de concocter une affiche avec leur photo et celle d’Emmanuel Macron.

Face à cette stratégie nationale à 100%, j’ai privilégié une approche « locale », surtout pour les parties les plus rurales de ma circonscription (composée pour moitié d’une ville de 60 000 habitants, et pour l’autre moitié de 62 communes de petite taille). Ce sont d’ailleurs ces territoires ruraux qui m’ont permis de remporter l’élection.

Malgré une volonté affirmée de renforcer le processus démocratique, l’absence d’une véritable force d’opposition et l’apparente docilité de la majorité présidentielle sont vues d’un mauvais œil par certains défenseurs de la démocratie. La distance maintenue par Emmanuel Macron et ses porte-paroles vis-à-vis des médias ne fait que renforcer ce sentiment. Doit-on craindre le renforcement d’un potentiel déficit démocratique dans les cinq ans à venir ?

La donne est la suivante : Emmanuel Macron a été élu à 60% par des électeurs de gauche et, à ce stade, annonce une politique économique de droite, alors même que ces électeurs majoritaires pensaient qu’il aurait une ligne sociale-démocrate. Il y a donc dès le départ un déficit démocratique, puisque ce pour quoi les électeurs ont voté ne correspond pas à ce qui est annoncé sur le plan économique. Mais ce déficit ne se voit pas trop pour l’instant car il est masqué par l’énergie et la capacité d’Emmanuel Macron à investir le champ européen.

D’ici quelques mois, les choses risquent évidemment de changer et pourraient se traduire par un « désamour » à l’égard du Président de la République. Dans ce cas, soit il y a en face une véritable alternative sociale-démocrate crédible, en espérant que ce soit le PS qui puisse la porter et l’incarner, soit il n’y a rien, et ceci fera le jeu de l’extrême gauche et de l’extrême droite.

L’idéologie de La République en Marche !, c’est avant tout le renouvellement de la vie politique : des députés jeunes issus de la société civile, un programme « ni de droite, ni de gauche », ainsi qu’un progressisme européen assumé. Pourtant, les détracteurs d’Emmanuel Macron dénoncent une forme de populisme du centre, visant à réformer les acquis sociaux au profit d’un plus grand libéralisme économique. Selon vous, comment la nouvelle majorité présidentielle va-t-elle transformer la France et l’Europe ?

Je ne crois pas à la transformation de la France sans assumer des choix clairs et qui ne peuvent se cacher derrière le « ni de droite, ni de gauche ». Contrairement à ce que peuvent dire certains, la France est très politisée.

Quant à l’Europe, je ne crois pas à sa transformation si on ne négocie pas des compromis. Négocier des compromis à 27 ou 28, cela devient infaisable. Il va peut-être donc falloir renégocier des périmètres d’avancées avec les pays qui souhaitent aller plus loin. Sur ce point, je partage l’avis du président Macron.

Réforme du code du travail, prolongation de l’état d’urgence, coupes budgétaires, hausse de la CSG… Les premiers débats parlementaires ont abordé une série de thèmes controversés. Comment qualifieriez-vous l’atmosphère au sein de l’hémicycle ? Les discussions sont-elles à la hauteur de vos attentes ?

Non. Le groupe d’Emmanuel Macron se comporte comme un groupe qui a la majorité absolue et qui par conséquent fait ce qu’il veut. Il n’est – à ce stade – pas dans l’optique de négocier un consensus sur certains sujets avec les groupes d’opposition, comme cela se fait dans d’autres pays européens (par exemple l’Allemagne du fait de la coalition). Peut-être les choses évolueront-elles d’ici quelques mois. « To be followed. »


Valérie Rabault est députée socialiste à l’Assemblée Nationale depuis 2012 et membre du groupe parlementaire Nouvelle Gauche. Elle est également secrétaire de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.